1. La méthode

L'apprentissage se fait au sein de centres dédiés proches des lieux de vie (les "nucleos" en Amérique latine), d'établissements scolaires, ou de centres associatifs. Il débute immédiatement par la pratique de l’instrument ou du chœur, enseignée en même temps que la théorie. Le Sistema s’attache à créer un havre de tranquillité et de sécurité qui permet à chaque enfant la construction de l’estime de soi et le développement du sens des valeurs. La discipline est détendue mais respectée. 

Membres d'orchestres, d'écoles de musique ou de conservatoires locaux, les enseignants sont formés aux méthodes du Sistema vénézuélien. Ils adhèrent à la mission sociale et culturelle du programme, et s’intéressent autant au jeune citoyen qu’au futur musicien, et sont capables de fournir une attention particulière à chaque enfant dans le cadre des activités collectives.

Le répertoire permet une acquisition rapide des connaissances, s’articulant autour des œuvres symphoniques classiques. L'orchestre peut aussi aborder tant des œuvres de musique du monde que de la musique de film. Les élèves jouent en public le plus souvent possible afin que cela devienne naturel pour eux. Ils échangent entre eux, s'entraident.


2. L'étude d'impact

En utilisant la musique comme moyen et non comme but, le premier orchestre pilote El Sistema France, créé à côté de Nantes en 2013, a pu explorer et valider les apports de la méthode originelle, fondée sur la joie, le collectif, l’intensité et l’exigence dans la pratique musicale. Voici des extraits de l’étude d’impact, menée en 2014/2015.

L'orchestre El Sistema-France d'Angreviers

Impact sur le comportement et la vie sociale

Amélioration du bien-être des enfants : retour de l’optimisme, de l’épanouissement, et de la motivation. Plaisir d’aller à l’école et envie d’apprendre : augmentation notable de la curiosité, dynamique d’apprentissage, responsabilité (par rapport aux instruments, par rapport aux autres), et discipline (silence, posture…). Chef d’orchestre: « la discipline à laquelle on est arrivé, c’est parfois mieux qu’au Venezuela ! ».

Baisse de la violence entre enfants, augmentation du respect mutuel et de la confiance : « Il y a beaucoup moins de bagarres et d’insultes dans la cour […]. La musique y est certainement pour beaucoup ». Apprentissage collaboratif, entraide (les plus forts aident les plus faibles). Amélioration de la tenue du corps, maîtrise des gestes (par opposition aux gestes brusques, à la réaction par la violence et l’énervement).

Capacité d’attention et de concentration accrue, unanimement notée par tous les membres de l’équipe éducative et les familles. Enseignant - « C’est la concentration qui saute le plus aux yeux, le fait de rester tranquilles. On a vu la différence entre le début et la fin de l’année dernière. Et ça se répercute dans les cours classiques. »

Confiance en soi, estime de soi, fierté (enfants et familles) : enfants - « Je vais faire un solo pour le concert de juin, c’est un grand rôle ! » / « Mon prof dit que j’ai un joli son. J’ai avancé très vite. » Goût du sens de l’effort et de la persévérance, avec volonté, détermination, assiduité et patience. Liens familiaux. Les parents disent unanimement être fiers de leurs enfants et le manifester : la musique est l’occasion de créer d’autres échanges avec l’enfant.

Capacité d’écoute accrue : Autonomie, capacité à travailler seul, à se fixer des objectifs. Mais aussi imagination et créativité (ex. faire des improvisations, à partir de quelques indications). Capacité d’expression : parler en public, mettre des mots sur des sentiments… Directeur du primaire : « Des enfants ont osé chanter en solo, alors qu’ils n’arrivent pas à réciter devant les autres en classe. On n’y croyait pas ! »

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Mots d’enfants… et d’enseignants

« En français, un point, c’est comme la durée de 3 noires, alors qu’une virgule, c’est comme la durée d’une noire »
« Les notes, c’est comme les maths. Par exemple, 2 noires = 1 blanche »
« Je leur conseille de chanter leur poésie pour la retenir »
« Maintenant, ils gravent des clés de sol sur les tables au lieu des insultes ! »
« Pour comprendre ce que sont des lignes parallèles, en géométrie, je leur ai dit que c’était comme une portée. »
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Impact sur l'apprentissage scolaire et musical

L’objectif de l’orchestre est de produire une situation cognitive, comportementale et sociale qui favorise le travail des enseignants par l’excitation et le perfectionnement des capacités d’apprentissage des enfants comme la mémoire, la concentration, la coordination, la tempérance, l’attention.

Développement de l’écoute et de l’oreille, développement de pratiques autonomes : transposition de mélodie entendue, recherche d’autres morceaux sur internet, apprentissage d’autres instruments (échanges entre enfants), même de la part des élèves qui disaient « ne pas aimer la musique » (sic).

Commentaires des professeurs de l’école à partir des carnets de bord : « Des progrès musicaux hétérogènes mais réels / Progrès au niveau du comportement, se ressent sur la pratique musicale / Véritable progrès musicaux / Améliorations du respect et de l’attention / Avancent tous bien globalement / Les enfants vont à une vitesse extraordinaire. »


3. Les bienfaits du système

Dès qu’un enfant apprend à jouer d’un instrument, il progresse dans tous les domaines sociaux et scolaires : il commence à rechercher de nouvelles façons de s’améliorer, individuellement et collectivement, et aspire à une amélioration pour sa propre famille, qui participe souvent avec fierté aux activités des orchestres. Tout cela forme une dynamique constructive et ascendante.

Les aptitudes intellectuelles et émotionnelles sont développées, la musique devient une source de progrès des potentiels de l’enfant, l’amenant à un plein développement de sa personnalité. Les profits sont alors immenses, dans les 3 sphères fondamentales (personnelle - familiale - sociale) :
- L’acquisition de principes de discipline, de travail et d’apprentissage,
- Le sens de l’engagement, de la responsabilité et de la générosité,
- La contribution individuelle à l’achèvement de grands buts collectifs...

Tout cela mène au développement de la confiance en soi et du bien-être. La croissance d’un enfant dans l’orchestre en fait un meilleur écolier, en lui inspirant les sens de la discipline, de la persévérance et de l'écoute qui l’aident grandement en classe et dans la construction de son avenir.


4. Questions fréquentes et idées reçues


1. "El Sistema ne fait-il pas double emploi avec les conservatoires et écoles de musique ?"

Non. Notre mission n'est pas la même : elle est sociale avant d'être culturelle. El Sistema ne s'adresse pas spécialement aux enfants qui ont déjà trouvé le chemin des conservatoires et écoles de musique. Il ne leur fait ni "concurrence", ni ombre, au contraire, El Sistema apporte un vivier de futurs petits élèves pour les institutions existantes, desquelles nous sommes fréquemment partenaires. La méthode et l'approche du Sistema sont uniques, et les pays européens qui ajoutent El Sistema à leur arsenal musical traditionnel font face à l'avenir.


2. "Mais qui va payer ? Encore le contribuable ?!"

Pas vraiment : une étude menée aux Etats-Unis révélait que le "coût par enfant" est finalement un "gain par enfant" sur le long terme, avec des répercussions directes sur l'emploi, le niveau d'études et de vie des jeunes issus du Sistema. Et en mai 2015, une étude du Centre de Glasgow pour la Santé de la Population sur le Sistema en Ecosse suggère des "bénéfices économiques long terme", pour le programme qui peut "générer rapidement des avantages sociaux plus importants que les coûts" ! (sources : gcu.ac.uk et theguardian.com)

N'oublions pas que le créateur d'El Sistema, José Antonio Abreu, est économiste. El Sistema n'est pas seulement une dépense utile et contrôlée, c'est un investissement "rentable" pour la société. Le contribuable ne perdra pas d'argent.

 (Et en passant, le Sistema se finance avec des fonds tant publics que privés...)


3. "En France, nous sommes l'élite culturelle : nous n'avons pas besoin d'El Sistema."

N'avons nous pas de problèmes sociaux ou de tensions communautaires ? N'y a-t-il aucun enfant en échec scolaire ? Ne connaissons nous ni l'insécurité, ni la pauvreté ? La musique classique est-elle au sommet de sa popularité auprès des jeunes ? Les repères moraux sont-ils toujours aussi solides ? La France, malgré son excellence culturelle historique, a aujourd'hui autant besoin d'El Sistema que ses voisins.


4. "El Sistema soutient une ligne idéologique ?"

El Sistema s'est affranchi des barrières politiques (du Venezuela de Chavez aux Etats-Unis d'Obama), des barrières sociales (de l'Autriche au Kenya), et des barrières culturelles (de la Suède au Japon). Le langage musical est universel, ses effets sur le développement de l'enfant le sont aussi. Notre seule idéologie est musicale, et notre seul but est d'aider la jeunesse par la culture.


5. "Ça aide des millions d'enfants ? Mais concrètement, en France... un exemple ?" 

Medhi. 10 ans. Scolarisé dans un établissement spécialisé pour enfants en grande difficulté. Violoniste dans l'orchestre El Sistema-France d'Angreviers, il a été reçu après quelques mois de Sistema au Concours du conservatoire de Nantes, normalement réservé aux élèves de fin de premier cycle (4 ans de formation). Il a intégré une classe CHAM à la rentrée 2015. Comme beaucoup d'enfants de cet orchestre, les effets sociaux et scolaires furent spectaculaires.

El Sistema fonctionne, les résultats sont visibles, les exemples tant individuels que collectifs sont nombreux, autour du globe et depuis longtemps. La popularité de cette réussite est la raison de son succès. Pour Classic FM, El Sistema est même une des "13 raisons qui font que la musique classique n'est pas morte".